Les trésors de Lyon 1 Université – récits de collections | Objet n°4 : Aquarelle d’Iris nudicaulis Lam. réalisée par Aurélie Favre Hénon

Iris

Sur ce mois de juin, la série Les trésors de Lyon 1 Université ? récits de collections met à l’honneur le mariage entre Nature et Art, plus particulièrement le moment où la beauté des plantes croise le regard scrupuleux et talentueux d’Aurélie Favre Hénon. Sublimée en 1856 gr?ce aux pinceaux de cette artiste-aquarelliste et botaniste, l’Iris nudicaulis nous offre généreusement un intérêt historique, technique et scientifique. Il s’agit d’une plante qui a fleuri dans le jardin du couple Henon à Cormières, près de Ville-la-Grand (Savoie) et a ensuite été peinte dans son éclat naturel. Une partie a été disséquée et l’ensemble a été mis à sécher pour être conservé à l’Herbier.

? propos des collections de l’Herbier de Lyon 1 Université

L’Herbier se classe parmi les 15 plus grands herbiers universitaires au monde, conservant environ 3,2 millions spécimens. Avec son acronyme international ? LY ?, il conserve des plantes à fleurs, fougères, mousses, lichens, algues et champignons du monde entier, récoltés par les plus grandes exploratrices et les plus grands explorateurs des siècles passés, des descripteurs et descriptrices de la flore et de la fonge qui sont souvent devenus des personnages emblématiques de l’histoire locale ou nationale.

De nombreuses publications scientifiques nationales et internationales s’appuient sur cet ensemble de collections dans les domaines de la Botanique, Systématique et Nomenclature, Ecologie, Evolution et Histoire des Sciences. On y trouve également des collections pédagogiques extraordinaires très sollicitées chaque année par différentes institutions afin de les exposer.

Les collections sont tellement vastes, qu’avec les ressources actuelles, il faudrait plusieurs siècles pour réussir à toutes les inventorier, numériser, et mettre en ligne dans une base de données ! Sans compter que de nouveaux dons viennent enrichir l’herbier chaque année.

L’objet : quand l’Art met en lumière la Botanique   

Il s’agit de l’Iris nudicaulis Lam. (I. aphylla L.) magnifiquement illustrée au crayon et aquarelle, représentant une tige fleurie, un aper?u de la plante entière au crayon, ainsi que des détails de deux pétales et des organes reproducteurs. Elle a été réalisée par Aurélie Favre Hénon début mai 1856 d’après une plante cultivée dans son jardin de Cormières qui a également été mise en herbier.

Selon Anne-Marie Evans, célèbre enseignante britannique médaillée durant sa carrière pour ses illustrations botaniques ? On ne sait plus faire l’équivalent aujourd’hui ! ?, Aurélie Hénon a bénéficié de plusieurs hommages à l’époque : genre ou espèces lui sont dédiés, à titre d’exemple le genre Aurelia, fondé sur une plante marocaine de la tribu des Narcissées.

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L'aquarelle d’Iris nudicaulis Lam. d'Aurélie Favre Hénon (à gauche) et la plante ayant servi de modèle (ci-dessus), conservées au sein de la même collection : une richesse patrimoniale rare !


Quand des objets scientifiques tombés dans l’oubli de l’Histoire réémergent

Cette pièce appartient à une collection d’aquarelles qui a voyagé dans la région. Elle a appartenu à Antoine Magnin (1848-1926), médecin, enseignant en botanique et histoire naturelle à la Faculté des Sciences de Lyon, ainsi que cofondateur de la Société botanique de Lyon et directeur du jardin botanique lyonnais. Il a collaboré, devenant son secrétaire particulier, avec Jacques-Louis Hénon, époux d’Aurélie Favre, médecin, botaniste et maire de Lyon (1870-1872). Il a ensuite hérité des classeurs d’aquarelles par un don de la petite-fille d’Aurélie Hénon, Mme Jandin-Sisley. Antoine Magnin fait l'essentiel de sa carrière à Besan?on et c’est à l'Institut botanique de cette ville qu’il a consigné ces ?uvres. Sa famille aurait récupéré la collection après de multiples péripéties. Après avoir connu un certain succès au XIX? siècle, ces ?uvres sont progressivement tombées dans l’oubli avant d’être redécouvertes dans des locaux de Besan?on. Ce sera finalement Madame LeGouis veuve Davis qui a confié la série des aquarelles aux collections de l’Herbier LY, le 21 septembre 2004.

Coulisses 

Comme toutes les collections de l’Herbier, celle-ci craint les UV, l’humidité, les variations de température, les insectes ravageurs (souvent coléoptères). Ces pépites sont préservées dans des coffrets en matériau de conservation. Pour les protéger, les manipulations doivent être très limitées. Certaines illustrations sur support en vélin sont particulièrement fragiles. La présence de ces ?uvres au sein de l’Herbier Lyon 1 n’est pas encore connue, mais nous allons vous dévoiler un petit scoop : cette collection, maintenant finie d’inventorier, va faire l’objet d’un livre actuellement en coécriture.

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? photos : Mélanie Thiébaut